Merenptah n’avait pu fermer l’œil de la nuit. Il savait qu’il devrait se confronter à nouveau avec Iason mais celui-ci l’avait blessé et il ne sentait pas prêt pour une nouvelle altercation. Tellement peu habitué à un tel affront, il n’avait pas su resté maître de lui, et avait fait preuve de faiblesse devant l’Hittite. Et cela, il ne le supportait pas. Trop rancunier, Merenptah aurait tôt fait d’exécuter le prisonnier à la moindre provocation. Il devait attendre. Pour se détendre et mettre de l’ordre dans ses pensées, il décida de se rendre au temple du dieu Amon de bon matin. Sur le chemin, il héla un serviteur et lui demanda de lui remettre des fruits et de l’huile. Une fois les offrandes remises au Pharaon, Merenptah remercia le serviteur et continua son chemin. A cet heure matinale, la palais était très calme, et seul quelques serviteurs étaient en activité. Merenptah pouvait donc se promener tranquillement dans le palais sans devoir faire face à ses obligations. En effet, il ne voulait surtout pas rencontrer les dignitaires et conseillers qui lui auraient posé mille et une question sur la présence du Hittite. Il traversa enfin la cour et entra dans le temple d’Amon. La pièce était seulement éclairée par les quelques cierges allumés autour de l’autel. Il s’inclina respectueusement et ouvrit les portes de l’autel. La beauté et la finesse des traits de la statuette en or massive du dieu Amon l’émerveillait toujours autant. Il resta la contempler plusieurs secondes puis déposa les fruits et l’huile près de la statuette. Il s’agenouilla devant elle et commença ses prières. La première était pour la prospérité de son pays et le bien-être de ses citoyens. Pour la deuxième, il demanda la protection du Dieu quand à la menace des fils de Seth. Il se releva et crut apercevoir un scintillement chez la statuette. Il remercia le Dieu, ferma les porte de l’autel et sortit du temple. Il se sentait plus serin et apaisé. Merenptah prit alors la direction de la caserne. Son maître d’arme l’attendait pour l’entraînement.
***
Après son altercation avec le Pharaon, Iason fut désemparé. Il s’était écroulé de fatigue, vidé de toute énergie. C’était le bruit d’un serviteur lui apportant son repas qui l’avait réveillé dans la matinée. Iason s’approcha alors de la fenêtre aux barreaux et constata que le soleil était déjà bien haut dans le ciel. Il fut surpris d’avoir dormi si longtemps. Il s’approcha du plat apporté, mais malgré la faim, il ne toucha que très peu à la nourriture. Son estomac restait noué. L’inquiétude était toujours présente. Il avait peur de ce que pourrait faire le Pharaon. Il tournait en rond dans sa chambre depuis plusieurs minutes réfléchissant à la situation. Il n’avait plus le choix, il devait parler. Il ne voulait pas risquer la vie de ses hommes et encore moins celle de Lasslo. Mais la perspective de trahir son frère le rongeait. Il aurait aimer pouvoir gagner du temps, mais le Pharaon avait déjà perdu patience et il risquait d’envenimer les choses. Il n’avait plus qu’une seule carte à jouer. Soudain las, il avait l’impression d’étouffer. Il aurait aimer sortir prendre l’air. Certes le Pharaon l’avait mis dans une chambre digne d’un Prince mais il restait un prisonnier. Et lui voulait sortir.
- Gardes ! appela alors Iason.
Mais aucune réponse ne parvînt. Excédé par leur attitude, il se mit à tambouriner violemment contre la porte. Elle s’ouvrit alors brusquement, et un garde le menaça de sa lance tout en le fusillant du regard. Iason, tout de même impressionné recula d’un pas, mais n’ayant pas perdu sa répartit pour autant s’exclama.
- Ah quand même ! J’ai bien faillit attendre.
Le garde, qui n’en croyait pas ses oreilles, le regarda les yeux ronds.
- J’aurais aimé prendre l’air.....Sortir un peu de cette, certes magnifique chambre, mais on sent un peu à l’étroit....un peu prisonnier.
Le garde, n’en revenait toujours pas du culot de l’Hittite.
- Vous n’avez pas le droit de sortir du palais, répliqua celui-ci.
- Oh mais si ce n’est que ça, juste un tour du palais pour me dégourdir les jambes sera amplement suffisant, insista Iason.
- Vous ne pouvez pas non vous plus vous baladez dans le palais.
Iason voyait bien qu’il n’obtiendrait rien des gardes. Mais une idée lui vînt.
- Est-ce qu’il serait quand même possible que je puisse au moins me laver, si ce n’est pas trop vous demandez bien évidemment. En plus les bains ne sont pas trop loin de ma chambre me semble-t-il.
Le garde sortit de la pièce et referma la porte, Iason allait protester mais il entendit les deux gardes parler.
- Il demande à se laver, raconta le garde.
- Le Pharaon a dit qu’on pouvait l’y emmener mais seulement dans ses bains. Il ne veut pas que l’Hittite fasse de rencontres, répondit l’autre.
- Bon, si le Pharaon l’a autorisé....
Quand les gardes rentrèrent, Iason avait le sourire aux lèvres. Devant cette provocation, l’un des gardes ne put s’empêcher de l’attraper un peu brusquement. Ils l’amenèrent aux bains qui se trouvaient à quelques couloirs de sa chambre. Il entra suivi des deux gardes.
- Pourrais-je avoir un peu d’intimité, demanda Iason.
Les deux gardes se regardèrent.
- De toute façon je ne pourrais pas m’enfuir si vous gardez la porte.
- En effet, marmonna un des gardes.
Les deux gardes se reculèrent et bloquèrent l’entrée.
Iason soupira de soulagement, il allait pouvoir se laver en toute tranquillité. Il s’approcha du banc en pierre et se déshabilla. Il plia ses habits et les rangea sur le banc, puis se tourna vers le bassin. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il vit une longue chevelure ébène flottée dans le bassin.
- Oh ! Excusez-moi ! Je ne savais pas qu’une femme se trouvait-là, toussota-t-il, un peu gêné et en essayant de cacher ses parties intimes.
La masse de cheveu se retourna alors vers lui. Iason faillit avoir une attaque.
- Vous, s’écria-t-il.
***
Merenptah adossé au mur du bassin n’avait pas entendu la personne entré dans ses bains. Il n’avait également pas entendu l’individu se déshabiller. L’eau qui coulait, provoquait un certain brouhaha masquant les autres sons. Par contre, il avait très bien entendu la voix qui s’était adressé à lui. D’ailleurs il se demandait comment une personne pouvait se trouver ici, et qui plus est, le prenait pour une femme. Non mais ne savait-il donc pas où il se trouvait ? Il se retourna et fut stupéfait de trouver le Prince hittite nu, une fois de plus, devant lui.
Ils se regardèrent en silence un instant, puis Merenptah sortit de l’eau.
Iason n’en revenait pas, il se retrouvait nez à nez avec le Pharaon d’Egypte, en tenu d’Adam. Peu de personne avait du avoir droit à ce spectacle. Il ne put s’empêcher de détailler le Pharaon. Celui-ci se tenait devant lui sans pudeur, les bras croisés sur son torse, l’air visiblement agacé. Il était magnifique. Iason n’avait jamais été attiré par les hommes mais le Pharaon devant lui le fascinait. Sa peau mat, ses cheveux ébènes lui tombant sur les reins, ses muscles saillants, son regard sombre et son intimité ainsi dévoilée. Il dégageait une telle sensualité que Iason en resta abasourdi. Une voix puissante le sortit rapidement de sa rêverie.
- Que faîtes-vous ici ? demanda Merenptah qui n’était guère enchanté de retrouver le Hittite.
La voix glaciale du Pharaon n’échappa pas au Prince.
- Je désirais sortir un peu de ma chambre, et seul les bains m’étaient autorisés.
Le Pharaon se renfrogna, il avait interdit toutes les sorties sauf si le prisonnier désirait se laver. Et pour éviter que le Prince ne fasse de rencontres et parle, après tout il y avait sans doute des espions des fils de Seth au palais, il avait autoriser les gardes à conduire l’Hittite dans les bains les plus près, qui étaient ses bains privés. Etant les plus proches de la chambre du détenu, cela minimiserait les contacts avec l’extérieur. Mais Merenptah ne s’était pas douté un seul instant qu’ils auraient pu se rencontrer là.
Voyant que le Pharaon ne répondait, Iason poursuivit :
- Cela tombe bien que l’on se rencontre, certes le lieu n’est pas conventionnel, et la tenue encore moins appropriée mais je devais vous parler.
Merenptah le fixa d’un air sceptique.
- De quoi voulez-vous me parler, cher Prince, répondit-il sur un ton ironique.
Iason était un peu déconfit. Apparemment le Pharaon n’était pas prêt de faire l’impasse sur leur discussion de la veille.
- J’ai pris le temps de bien réfléchir....Et j’ai décidé que je vous dirais ce que je sais sur les fils de Seth.
Le Pharaon fut surpris, il ne comprenait pas ce soudain revirement.
- Mais en échange je veux que mes hommes soient libérés, continua l’Hittite.
Merenptah se rembrunit, il n’appréciait pas du tout que l’Hittite donne ses conditions. Pour qui se prenait-il ?
Iason avait bien vu le changement de regard du Pharaon mais il n’était pas question de négocier sur ce point-là.
Merenptah se mit à réfléchir. La situation étant quelque peu cocasse, il n’arrivait pas à mettre ses idées en place. En effet, la nudité de son vis-à-vis le troublait plus qu’il ne voulait bien l’admettre. Il se dirigea alors vers un meuble et en sortit deux étoffes en coton. Il en lança une au Hittite.
- Couvrez-vous !
Surpris par ce geste, Iason déclara avec une pointe d’arrogance :
- Pourtant hier cela ne vous dérangeait pas.
Le Pharaon s’empourpra. Heureusement que sa peau cuivrée ne laissait rien paraître. Il se retourna et toisa l’Hittite du regard. Ainsi il voulait jouer. Et bien soit. Merenptah s’approcha alors du Prince, tel un prédateur sur sa proie. Iason se sentit soudain moins confiant, le sourire sarcastique sur le visage du Pharaon ne lui plaisait guère. Il fut soudain plaqué contre un mur. Hypnotisé par le regard sombre et pénétrant du Pharaon, Iason ne put répliqué. Leurs visages n’étaient séparés que de quelques millimètres et l’Hittite pouvait maintenant sentir le souffle chaud de l’Egyptien sur ses lèvres. Iason se sentait défaillir, il ne pouvait plus se détacher des yeux du Pharaon qui brillait d’une lueur nouvelle et une montée de chaleur incontrôlable le submergea. Soudain une main chaude et puissante lui frôla la hanche, puis il sentit qu’on lui enserrait brutalement la taille. Le Pharaon s’écarta alors et lança au Hittite :
- Je passerais vous voir tout à l’heure !
Et il s’en alla.
Iason sortit enfin de sa torpeur. Il n’en revenait pas de l’incroyable pouvoir de séduction de l’Egyptien. Il avait été complètement à sa merci. Une seconde de plus et il se serait mis à bander. Un peu honteux, il se dit qu’il devrait plus se méfier du Pharaon à l’avenir. Il desserra l’étoffe enserré à sa taille, le Pharaon n’y était pas allé de main morte, et entra dans le bain, au moins ça lui calmerait ses ardeurs.
***
Merenptah arriva devant la porte qui était bloquée par les gardes.
- Hum ! Hum ! toussota-t-il.
Les gardes se retournèrent. Ils hoquetèrent de stupeur. Ils ne s’attendaient pas à trouver le Pharaon là. Confus, ils bafouillèrent des excuses. Mais Merenptah les coupa.
- Assurez-vous la prochaine fois qu’il n’y ait personne. Et il regagna ses appartements.
Arrivé dans sa chambre l’Egyptien s’affala sur son lit. Il n’avait même pas pris la peine de récupérer ses affaires. Il s’était trimbalé dans le palais seulement vêtue de l’étoffe autour de la taille. Heureusement que ses appartements n’était pas trop loin et que la plupart des gens devaient manger à cette heure-ci. Son petit jeu avec l’Hittite l’ayant quelque peu excité, il avait préféré se retirer prestement. Il souleva son étoffe, le début d’érection qu’il vit le renfrogna. Il n’avait jamais rien ressentit de tel pour personne, ni même pour la Reine. D’ailleurs il n’avait en fait jamais été attiré par une femme, comme son père avait pu l’être pour sa mère et celle de Némési. Et il ne comprenait pas comment de tels sentiments avaient pu naître à l’égard d’un homme. Décidément l’Hittite lui en faisait voir de toutes les couleurs. Merenptah se demanda s’il arriverait à rester de marbre face au Prince à l’avenir. Le Pharaon finit par s’assoupir, épuisé par le trop plein d’émotions nouvelles. Ce fut Akheb, qui une vingtaine de minutes plus tard, le sortit du pays des songes.
- Majesté ! Ce n’est pas le moment de vous assoupir !
- Hum ! Qu’y a-t-il donc Akheb ! répondit le Pharaon tout juste sortant de sa léthargie.
- Avez-vous oublier votre déjeuné hebdomadaire avec la Reine Mère.
- Hein ! Ah oui c’est exact ! cela m’était complètement sortit de l’esprit.
- Ne vous surmenez pas trop votre Majesté ! Si jamais c’est encore à cause du Prince Hittite, je peux prendre la suite.
- Ce ne sera pas nécessaire, il a décidé de parler. Je le vois cet après-midi.
- Hum ! Bien ! Une chose m’intrigue cependant votre majesté !
- Laquelle, demanda Merenptah interrogateur.
- J’espère que vous n’avez tout bonnement pas l’intention de rejoindre votre Mère dans cette tenue quelque peu légère.
Merenptah se regarda, il s’était assoupi avant d’avoir récupérer ses vêtements.
- Non évidemment Akheb. Appelez-moi donc un serviteur.
- Oui Pharaon.
Le serviteur arriva quelques minutes plus tard dans les appartements du Pharaon.
- Peux-tu récupérer les vêtements laissés dans mes bains privés, demanda-t-il au serviteur le plus discrètement possible.
Le serviteur s’inclina et partit. Akheb qui avait tout de même entendu fut surpris.
- Vous vous êtes promenés dans cette tenue dans le palais ? Mais vous n’y pensez pas, Majesté.
Merenptah, qui n’avait pas envie de s’expliquer, répondit avec empressement.
- Une affaire importante a réglé m’a sortit des bains un peu précipitamment.
Mais Akheb ne fut pas dupe.
- Ah bon, une affaire importante a réglé.
- Oui c’est cela Akheb.
Le grand Prêtre n’insista pas mais le comportement du Pharaon l’intrigua.
Le serviteur arriva à nouveau dans le chambre et déposa les vêtements du Pharaon.
- Je vais vous laisser à présent. S’exclama Akheb en s’inclinant.
- Mais ne faîtes pas trop attendre la Reine Mère. Continua-t-il en sortant des appartements.






